L’ambroisie s’invite au vignoble

Début novembre, l’Observatoire des ambroisies, piloté par FREDON France, a sorti un recueil d’expériences sur la gestion de l’ambroisie en contexte agricole. L’étude, basée sur une enquête, a révélé que les viticulteurs sont également concernés par la problématique « ambroisies ».

Très présente en région Auvergne-Rhône-Alpes, l’ambroisie ne cesse de gagner du terrain dans les autres régions et notamment en Alsace. Jusqu’ici, sa présence en vigne restait discrète, mais les viticulteurs rhônalpins y sont déjà bien confrontés, et les viticulteurs alsaciens ne devraient pas être épargnés.

L’AMBROISIE, C’EST QUOI ? L’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia L.), la plus couramment rencontrée, est une plante dont le pollen est très allergisant. Cette espèce exotique envahissante est originaire d’Amérique du Nord et aurait été introduite lors de la première guerre mondiale via des fourrages et semences contaminés. C’est une plante annuelle très polymorphe (qui peut prendre des aspects très différents), mais quelques caractéristiques permettent tout de même de la reconnaitre : elle présente un port buissonnant et peut mesurer de quelques centimètres à plus de 2.5 m de haut. Les feuilles sont très découpées, vertes des deux côtés, de forme triangulaire et ne dégagent pas d’odeur lorsqu’on les froisse (attention, il vaut mieux manipuler les plantes avec des gants afin d’éviter les allergies de contact !). Les tiges vertes, poilues, deviennent rouge-marron en fin de période végétative. Les fleurs mâles sont disposées en épis, elles produisent une très grande quantité de pollen, libéré de fin juillet à fin septembre. L’ambroisie est une espèce anémogame, c’est-à-dire que son pollen est transporté par le vent jusqu’à plus de 100 km. Chaque plante produit en moyenne 3000 graines.

Ambroisie à feuilles d'armoise. Source: FREDON Grand Est

COMMENT SA PRESENCE IMPACTE NOTRE TERRITOIRE ? En tant qu’espèce exotique envahissante hautement allergène, l’ambroisie entraine deux nuisances majeures. D’une part, elle provoque des problèmes d’ordre sanitaire via son pollen à fort potentiel allergisant. Les principaux symptômes de la pollinose à l’ambroisie sont une rhinite allergique, une conjonctivite, de l’asthme et de l’urticaire. 5 grains de pollen/m3 d’air sont suffisants pour entraîner ces symptômes. On estime que 6 à 12% de la population exposée y est potentiellement allergique, la prévalence à l’allergie augmentant avec le degré d’exposition au pollen, c’est-à-dire que plus un individu est exposé aux pollens d’ambroisies, plus il risque de développer une allergie. Les coûts de la présence d’ambroisie pour la caisse primaire d’assurance maladie ne sont pas négligeables. Par exemple, en 2017, son coût sanitaire en Auvergne-Rhône-Alpes s’est élevé à plus de 40 millions d’euros.

D’autre part, l’ambroisie est aussi une adventice des cultures. Cette espèce affectionne les sols anthropisés et souvent laissés à nu ; les parcelles agricoles sont donc des milieux privilégiés pour l’ambroisie. Elle affectionne les cultures printanières/estivales (préférentiellement maïs, soja, tournesol). On la retrouve également souvent dans les chaumes de céréales après récolte et malheureusement dans les parcelles viticoles. Sa présence engendre des pertes agricoles (jusqu’à 80% en tournesol) et un coût de gestion plus important, la lutte contre l’ambroisie étant obligatoire. En effet, depuis 2018 des arrêtés préfectoraux dans le Bas-Rhin et le Haut-Rhin imposent la destruction systématique de l’ambroisie avant le 31 juillet.

Les agriculteurs ne sont pas les seuls à devoir gérer la présence d’ambroisie. Les gestionnaires d’infrastructures de grands linéaires comme les routes et les rivières y sont aussi confrontés. En Alsace, on observe sa présence principalement le long des axes autoroutiers (A35), des routes départementales autour de Mulhouse et jusqu’à Guebwiller mais aussi sur les berges de l’Ill.

Les activités humaines sont les principaux vecteurs de dissémination : transport de terre, lot de semences contaminées, pneus, semelles, engins agricoles, … La moissonneuse batteuse est souvent citée comme source d’introduction de l’ambroisie en transportant les graines d’une parcelle à l’autre.

Ambroisie le long de l'A35. Source: FREDON Grand Est 2019
Ambroisie dans le vignoble. Source: A. Mathiot, FREDON Nouvelle Aquitaine

ET AU VIGNOBLE ? Dans les vignes, le plus préoccupant est l’aspect sanitaire. En effet, la période des vendanges tombe à la même période que le pic pollinique de l’ambroisie, ce qui entraine un danger de réaction allergique pour les vendangeurs. De plus, l’ambroisie peut aussi entrer en concurrence des ceps vis-à-vis de la ressource en eau, particulièrement dans les terrains légers.

COMMENT S’ORGANISE LA LUTTE ? Depuis 2018, FREDON Grand Est est missionnée par l’ARS[1] Grand Est pour mettre en place une lutte collective sur tout le territoire, au travers de l’animation d’un réseau de référents. Ces derniers peuvent être issus des collectivités, des gestionnaires d’espaces et de linéaires, ainsi que du monde agricole. Les collectivités sont d’ailleurs invitées à nommer un référent auprès de l’ARS Grand Est.

[1] Agence Régionale de Santé

Actuellement, 95 référents couvrent le territoire alsacien. Ces référents sont chargés de signaler la présence d’ambroisies, de participer à la surveillance, d’informer les personnes concernées des mesures à mettre en œuvre pour prévenir l’apparition de cette plante ou pour lutter contre sa prolifération (en application de l’arrêté préfectoral mentionné à l’article R. 1338-4) et enfin de veiller et de participer à la mise en œuvre de ces mesures.

Cliquez sur la carte pour visualiser les signalements

FREDON Grand Est invite fortement tous les acteurs à faire remonter les signalements d’ambroisie. Pour cela, plusieurs options sont à votre disposition : la plateforme « signalement ambroisie » en ligne ou contacter FREDON Grand Est. Des formations sont organisées par FREDON Grand Est pour apprendre à identifier l’ambroisie et à la gérer. FREDON Grand Est accompagne également techniquement les actions de lutte qui doivent être mises en place, dans le respect des arrêtés de destruction obligatoire qui sont dorénavant en vigueur en Grand Est. Les dispositions à mettre en œuvre concernent tout un chacun : Etat, collectivités, gestionnaires de linéaires, entreprises et particuliers.

Comment lutter?

La prévention est la meilleure solution ! Savoir identifier précocement l’ambroisie en facilite sa gestion.

Sur de petites surfaces, l’arrachage avant floraison est vivement conseillé en laissant les plants sur place. Leur transport présente toujours des risques de dissémination. Sur de grandes surfaces, une fauche avant et après vendange est conseillée. Un faux semis et une destruction des repousses peuvent aussi être envisagés.

Le recours à un couvert végétal permet de faire concurrence à l’ambroisie, qui se retrouve défavorisée. L’utilisation d’herbicides n’est pas conseillée ! Outre le manque d’efficacité des matières actives disponibles, des cas de résistances sont avérés.

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